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Fabergé: sa famille et le développement de son entreprise

L'histoire de la famille Fabergé remonte au XVIIe siècle. Etablie en Picardie, au Nord-Est de la France sous le nom de Favri ou Fabri, elle appartient à la communauté protestante. En 1685, lors de la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV, force lui est de s'expatrier comme nombre de ses coreligionnaires pour échapper aux persé­cutions. Parmi les terres d'exil qui s'offrent alors aux huguenots, l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne ou les Pays-Bas, les Fabri choisissent l'Allemagne, s'installent à Schwedt sur l'Oder, à côté de Stettin et transforment leur nom en Fabrier ou Fabriger.

Depuis Pierre le Grand et les réformes qu'il sut lui imposer, la Russie, au début du XVIIIe siècle, était enfin sortie de son isolement et s'était ouverte aux influences occidentales. Artisans, artistes et savants européens y recevaient le meilleur accueil et y voyaient rapidement leurs talents récompensés par la fortune et la renommée. Enfin, sous Catherine II, la liberté de religion fut consacrée par la loi. Ce faisceau de circons­tances détermine sans nul doute Pierre Fabergé, descendant des premiers huguenots, à immigrer et à s'installer, en 1800, à Pernau, en Livonie où il acquiert la nationalité russe. C'est là que naît, en 1814, Gustave Fabergé, père de Cari. Le jeune Gustave fait ses classes à Saint-Pétersbourg, tout d'abord chez le joaillier André-Ferdinand Spiegel, avant de travailler pour la célèbre maison Keibel qui avait, en 18 26, retouché les joyaux de la couronne russe.

En 1842 il monte sa propre affaire, ouvrant un magasin de bijouterie et d'or­fèvrerie rue Bolshaya Morskaya, posant ainsi la première pierre de ce qui deviendra l'illustre maison Fabergé.

De son mariage avec Charlotte Jungstedt, fille d'un peintre danois, lui naît un fils le 30 mai 1846, Pierre Cari Fabergé (Cari Gustavovitch selon la coutume russe) mieux connu sous le nom de Cari et qui allait s'affirmer comme l'un des orfèvres les plus célèbres de son temps.

Son éducation sera pensée avec soin comme en témoignent des études à l'école Sainte-Anne, le lycée allemand de Saint-Pétersbourg, son apprentissage technique dans les ateliers paternels, la fréquentation d'une école à Dresde puis chez le joaillier Fried­mann à Francfort-sur-le-Main où il entreprend parallèlement des études d'économie. Sa formation artistique et commerciale sera complétée par des voyages d'étude tant en Angleterre qu'en France et en Italie.

Entretemps le succès du magasin est devenu tel que Gustave Fabergé l'agrandit et s'adjoint les talents du maître orfèvre Tsaiantkovski. En i860, il se retire à Dresde, laissant sa firme aux mains de son directeur et associé, Peter Hiskias Pendin, auquel incombera également l'éducation artistique du jeune Cari.

Ce dernier revient en 1870 à Saint-Pétersbourg pour assumer, à 24 ans, la direction de la firme paternelle. En 1872, il épouse Augusta Julia Jakobs, fille de l'Inspecteur des ateliers du Mobilier Impérial. De cette union lui naîtront quatre fils: Eugène en 1874, Agathon en 1876, en 1877 et en 1884 Alexandre et Nicolas qui tous collabo­reront à l'entreprise.

Carl Fabergé quitte le petit magasin paternel pour emménager dans des locaux beaucoup plus spacieux (ill. 7), rue Bolskaya Morskaya également qui, avec la Perspective Nevski, était l'une des deux principales artères commerçantes de Saint-Pétersbourg. Il est évident qu'en plus de ses dons artistiques éminents, Cari possède également de grands talents d'organisateur, faisant de sa firme, qu'il administre jusqu'en 1903 en collaboration avec plusieurs associés, une grande affaire dans l'acception moderne du terme. La maison Fabergé est un exemple type de l'essor technique et économique que connut la Russie dans la seconde moitié du XIXe siècle.

L'idée nouvelle de Fabergé de fabriquer des «objets de fantaisie» rencontre un tel succès qu'il est littéralement submergé de commandes. Pour faire face à la demande, la firme est perpétuellement contrainte à augmenter son personnel, tant et si bien qu'en 1900 un dernier déménagement s'impose, au 24 Bolshaya Morskaya. Entre 1907 et 1917, Fabergé emploie jusqu'à 700 personnes - maîtres orfèvres et artisans - à Saint-Pétersbourg et dans ses différentes succursales russes. Des ateliers et des magasins s'ouvrent à Moscou en 1887, à Odessa en 1890 et à Kiev en 1905.

Ce fantastique essor commercial atteint de telles proportions que Fabergé se doit davantage à l'organisation et à la gestion de sa société qu'à l'aspect purement technique de la fabrication. Ainsi s'explique également le fait que nous ne connaissions aucune pièce sortie de ses propres mains.

A la suite, très certainement, du succès remporté par l'exécution du premier œuf de Pâques impérial, le Tsar Alexandre III accorde en 1884 à la maison Fabergé le «Privilège de fournisseur de la Cour». Certes, nombre de bijoutiers jouissaient également de ce titre, comme les Ovchinnikov, Morozov, Gratchev, Chlebnikov et Sazikov. Toutefois, par la qualité et l'originalité constantes de sa production, Fabergé saura toujours conserver la faveur impériale. Nicolas II lui témoigne la même fidélité que son père et lui commande aussi les cadeaux destinés à marquer les grandes occa¬sions. Et après une exposition Fabergé au palais du Grand-Duc Vladimir Alexandro-vitchen 1902, ses répliques des joyaux de la couronne sont -par autorisation impériale - exposés à l'Ermitage.

La faveur de la famille impériale entraîne l'adhésion tant de l'aristocratie et de la riche bourgeoisie russes que celle des grands de ce monde. L'éclectique clientèle de Fabergé compte désormais des noms aussi prestigieux que ceux du Prince Youssoupoff, du Comte Stroganoff, des frères Nobel, de Kelch le magnat des mines d'or, ou de Neuscheller le fabricant de caoutchouc.

Le nom de Fabergé devient synonyme désormais de perfection dans l'exécution et de beauté. Sa renommée franchit les frontières de l'Europe et s'étend à l'Amérique. Il vole de succès en succès: en 1885, à l'exposition de Nuremberg, il remporte la médaille d'or pour ses copies des trésors scythes; en 1897, à la suite de l'exposition nordique de Stockholm, il devient fournisseur du roi de Suède et de Norvège. Mais c'est l'année 1900 qui marquera l'apogée de la firme. A l'Exposition universelle de Paris, aux foules accourues du monde entier, il présente - hors concours et sur le désir exprès de l'Impératrice Alexandra - les cadeaux de Pâques impériaux. L'effet de ces travaux sur le jury de spécialistes est phénoménal: à l'unanimité, Fabergé est élu Maître de la corporation des bijoutiers de Paris et reçoit, de surcroît, la Légion d'Honneur2.

En 1903, il ouvre à Londres son unique filiale à l'étranger. Ce choix s'explique par le fait qu'il compte déjà d'enthousiastes partisans au sein de la famille royale d'Angleterre. Particulièrement la reine Alexandra qui connaît l'œuvre de Fabergé par sa sœur l'impératrice russe Maria Feodorovna. L'année suivante, l'Extrême-Orient succombe à son tour à l'engouement général. Invité à la cour du roi Maha Chulalongkorn, Fabergé exécute pour ce Prince nombre de pièces, dont la plupart en néphrite, et qui font encore partie de la collection royale de Thaïlande.

La Première Guerre mondiale met un terme aux activités de la Maison Fabergé. La filiale londonienne ferme en 1915. Le budget des commandes impériales se voit radicalement restreint. En 1914 les ateliers reçoivent l'ordre de fabriquer des armes légères pour le front et des pansements pour les blessés. En raison des circonstances, les porte-cigarettes et les cendriers sont désormais exécutés en cuivre, décorés seulement de l'aigle russe et portent l'inscription «Guerre de 1914».

Lors de la Révolution d'Octobre 1917, un «Comité des Employés de la Coopérative K. Fabergé» est mis en place, qui reprend la direction de la firme jusqu'à la fin de 1918, lorsque Fabergé émigra. Fabergé, par l'Allemagne, s'enfuit en Suisse où il meurt le 24 septembre 1920 à l'Hôtel Bellevue, à Lausanne. En 1929 sa famille l'enterrera à Cannes auprès de sa femme, décédée en 1925.

2011-03-31
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